Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /Nov /2009 18:28

La FOURMI

Je fais souvent appel à mon imagination pour exécuter un travail inconnu, sans consulter personne. Souvent avec succès, parfois hélas c’est l’échec. Pour dessoucher des pins sur une centaine d’hectares compte tenu de la faible densité de ceux-ci, je croyais en venir à bout avec notre FERGUSON diesel de 25 CV. Le modèle importé des USA au moment  du PLAN MARSHAL. Équipé d’un treuil me voilà parti sur le terrain bosselé par de vieux monticules ou des touffes de molinie,  troué par les fondrières gorgées d’eau. Au bout de 2 heures, le moteur rend l’âme….déception.  Je cherche une solution aussi bon marché que possible. Les finances étaient englouties dans l’achat du sol.

Je trouve un bull CONTINENTAL pour 13000 frs dans le GERS. Je l’achète. Conduit par PHILIPPE S notre premier ouvrier fils d’un douanier venu du NORD, il s’acquitta de sa tâche malgré son état d’usure avancé, sauf de 17 has de la parcelle C.
Moteur mort. Philippe, un garçon débrouillard, toujours souriant. Je le trouve sous le bull une fois, enlisé une autre fois. Toujours il se tirait d’affaire. Je trouve le même moteur sur un camion Berliet dans une casse des environ de BORDEAUX pour 2000frs. Ce moteur servira ensuite comme moto pompe pour irriguer.
Faire beaucoup sans moyens, on y arrive, il faut alors plus de temps.

Dès l’année 73, nous avions pu semer en maïs 40 hectares; Lorsque je suis allé chercher le chèque de la récolte à la coopérative, j’ai pleuré comme un gosse. J’ai beaucoup pleuré de bonheur, de soulagement, de fierté d’avoir réussi une gageure impossible. Pourtant, le résultat était bien maigre. Tant de fatigue, tant de nuits sur la route. Et, ce jour là, avec mon père tant de joie.

Les années 74-75 nous en étions à 120 hectares et des récoltes quasi normales mais quand même insuffisantes. Insuffisance de drainage, irrigation inefficace avec des canons et des « géants »

 

L’ANNEE 76

 

Année de Michel G, année de sécheresse, année de l’achat d’équipement sérieux pour irriguer : 2 enrouleurs.

Après avoir renvoyé Alfredo un portugais qui avait mis un Hanomag dans un fossé Dominique dessus et s’était coupé en deux, j’embauche le fils G Michel. Lequel n’était jamais pressé, toujours en retard. Par un soleil torride Michel G mettait 15 jours (jusqu’à 23) par rotation là où il était prévu 8. Année de misère.

Pour comble de malheur, je loue une moissonneuse qui ne ramassait pas comme il faut et qui s’est enlisée dans la parcelle du CEA malgré l’équipement de chaînes. C’était le premier semis du CEA, il n’était pas assaini par des fossés. En effet à partir du 15 Août, il plut sans discontinuer. Trop tard pour les cultures. Préjudiciable pour la récolte.

Récolte dérisoire, c’était la faillite…

Découragé, je mets une annonce dans La France Agricole en vue de liquider, vendre. Mais, une agence parisienne m’informe de la valeur que pouvait valoir l'exploitation. Je me ressaisis, je demande à JEAN MI qui n’avait que 14 ans s’il serait intéressé de continuer plus tard l’exploitation. Sa réponse était sans ambiguïté c’était oui. Je lui fais signer un papier !

Je cherche des moyens….de continuer et sortir de la banqueroute certaine…

 

* Le Crédit Mutuel d’AMBRIERES nous prête un court terme;

* Le Crédit Industriel de l’Ouest à MAYENNE un second court terme;

* Le Crédit Agricole le 3ième

* La COOP de PAU par la banque du commerce extérieur un 4ième.

En conditions normales nous souscrivions un seul prêt de campagne chaque année.

Je complète le dispositif par

* l’achat d’un tracteur neuf, un RENAULT 1115 pour 1000frs comptant et 1ière échéance à l’automne suivant.

* acheter la maison de LUGOS pour 127500 frs ayant été priés de partir de la maison du MURET.

* enfin la construction d’une maison neuve Rue des Fauvettes grâce à une promotion spéciale du moment et un acompte de 1000frs là aussi. Report d’échéance à 5 ans.

  Pourquoi s’engager à construire une nouvelle maison alors que nous nous trouvions très bien Rue des Lauriers? Cette maison était finie de payer. En cas d’échec, nous pourrions revendre cette maison pour faire face.

Heureusement l’agence payait les échéances de la Rue du Cœur Royal et faisait vivre la famille
.

NOS EMPRUNTS

 

* J’ai donc commencé par emprunter pour acheter des broutards lorsque j’étais au CA.

* J’ai emprunté à fonds perdus à Christiane pour payer la DAUPHINE. Notre première voiture vraiment à nous.

* évidemment nous avons emprunté pour COURSONNAIS,

* pour acheter le portefeuille d’assurance.

* pour faire construire chaque maison

* pour la maison de LUGOS.

* Il fallait apporter à chaque fois une part d’autofinancement et on trouve les emprunts auprès de « particuliers » :

*  Émile L nous a beaucoup prêté.

* Marie Thérèse T

* Émile LE

* Émile LET

* Madame V,

* et enfin Roger C.

J’e ne reviens pas sur les emprunts contractés après l’année de sécheresse de 1976, et ceux souscrits pour les équipements de l’exploitation.

* Une autre année délicate a été 1984. Année du cyclone HORTENSE. Nous avions à la fois un emprunt au crédit Agricole et un leasing sur la rampe frontale de PARIGNY.

Sans avis, le Crédit Agricole nous coupe les crédits futures. Il ne faut jamais s’avouer vaincus. J’eu l’idée de demander à ROGER C un client plombier, s’il connaissait dans sa clientèle riche des gens qui pourraient prêter de l’argent?

« - combien vous voulez? » --400 OOO frs  «  - quand les voulez-vous? ». Quinze jours plus tard il nous prêtait les 40 millions d’anciens francs pour 10  ans à 10%.

 

AVEC LA FOI ON ARRIVE A TOUT.  On atteint le but qu’on s’est assigné. On dit aussi que « la chance sourit aux audacieux ? »

 

FAUT’IL ATTENDRE D’AVOIR L’ARGENT POUR ACHETER COMPTANT SA MAISON, la réponse est NON. Les loyers économisés paient largement les intérêts quand ce n’est pas d’avantage.

Doit-on attendre d’avoir l’argent pour acheter une entreprise ou une exploitation, ou un commerce? La réponse est non. Dès qu’on entre en possession d’un commerce, d’une entreprise elle génère des rentrées d’argent qui permettent en théorie de payer les échéances des emprunts. Il ne faut pas trop réfléchir non plus…

CF plus loin D’ABOVILLE.

 

 

.

 

L’ANNEE 77

 

Pour compliquer la vie l’année 77 fut très pluvieuse, les sols se compactaient, inutile d’irriguer. Mais les rendements furent catastrophiques une fois de plus.

                              

 

Un cas ? : En 77  JUILLET

Je ne me souviens pas de son nom. Appelons-le : LUCIEN.

Un samedi au mois de Juillet, après ma semaine seul à l‘agence, sur le trajet AMBRIERES - BORDEAUX, je monte un auto stoppeur. C’était un peu après NIORT. Les questions presque rituelles:

« - où allez-vous? »

Réponse: « Je ne sais pas et vous? ». 

 « - à Bordeaux. »

« -Va pour Bordeaux. »

Tout en roulant, nous continuons la discussion.

Je lui demande, que faites-vous? ; Où vas-tu; d‘où viens-tu?

 « - je sors de prison. »

 « - pourquoi? Qu’as-tu fais? »

« -je faisais équipe et nous dévalisions les villas sur la côte d’Azur. Et, je ne sais pas où aller maintenant. »

Il me raconte que sa mère était une prostituée et qu’elle buvait. Lui aussi savait prendre de bonne bitures. Il me demande :

 « - auriez-vous un petit travail? »

Et, j’ai pris le risque de lui expliquer ce que j’attendais éventuellement de lui -pour le toit et le couvert- pendant le temps de l’irrigation. Mais, s’il ne se tenait pas à carreau, je le renverrais et le laisserais de nouveau sur la route. Ce « travail » consisterait uniquement à surveiller  les parcelles de maïs et surtout les installations d’irrigation: stations de pompage et appareil d’arrosage. Des Bigboss à l’époque. Un canon sur un châssis avec treuil entraîné par l’eau qui passait dans une turbine et enroulait un câble sur une bobine  pour avancer avec le tuyau souple d’alimentation de l’eau jusqu‘au point d‘ancrage.

Accepté. Il a rempli son contrat et m’avait dit :

 « - ne craignez rien, dans notre milieu, nous sommes reconnaissants. Jamais il ne vous arrivera d’être volé ou quoique ce soit d’autre ».

Mais, le 15 août, il pensait mériter un traitement de faveur. Alors que nous lui portons comme chaque jour le repas à son campement. L’après midi, par réaction (colère!) il est allé au village et a trouvé le moyen de se pinter à mort et nous fit des reproches. Le lendemain matin, je vais le trouver et lui rappelle notre convention:

« - je t’emmène puisque tu n’as pas tenu parole ».

« - J’en conviens OK! »

Il avait un tatouage, un chef d’œuvre. Un Sacré cœur sur la poitrine et les tables de la loi de MOÏSE sur tout son dos.

Depuis nous n’avons jamais entendu parler de LUCIEN.  

 

 

 

 

 

Par Tacanitas - Publié dans : recueil de souvenirs et de réflexions - Communauté : Le monde paysan
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