Mercredi 7 octobre 2009 3 07 /10 /Oct /2009 15:03

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Langonnet et Saint Ilan

 

C’est à LANGONNET et à SAINT ILAN que j’ai fait ce qu’on appelait « le petit séminaire ». Il s’agissait ni plus ni moins que d’un collège catholique avec pratique de la messe chaque matin, d’apprendre la musique ou à chanter des cantiques.

C’est là que j’ai appris cultiver, bouturer, dépoter des fleurs sous serre !!!, couper les cheveux, faire de la photo et les développer. J’ai aussi pratiqué le foot, le basket et le scoutisme surtout à Sr ILAN.

A la fin de la troisième, nous avions à passer l’examen le BEPC (Brevet élémentaire du Premier Cycle). Une ou deux semaines avant l’examen, on nous donnait « temps libre » pour bien réviser… A cette période de révision, comme pendant le court moment du début de ma maladie, avant de cracher du sang, j’ai connu deux périodes de capacité maximale. Je ne sais comment dire pour me faire bien comprendre. Disons, que j’étais en ces moments là capable d’enregistrer tout ce que je lisais dès la première lecture grâce à une forte concentration d’esprit. J’avais l’impression d’atteindre une capacité de mémoire et de raisonnement extraordinaire. J’ai compris ainsi, la différence d’intelligence entre certains individus. Pour certains c’était naturel, mais pour moi, je me consumais littéralement. Je ne pouvais tenir le rythme longtemps. C’est peut-être une des causes de ma maladie. A moins que ce soit la maladie qui me consumait.
Plus tard j’ai tenu à garder un équilibre entre l’exercice physique et l’effort intellectuel de concentration et de méditation.

A SAINT ILAN j’avais mon vélo. J’ai fait plusieurs fois le trajet TINCHEBRAY LANGUEUX et le retour aux vacances suivantes. Nous faisions du camping aussi.

C’était au cours des vacances de la PENTECÔTE

Avec Marcel G, nous décidons de partir jusqu’au CAP FREHEL à vélo,  tente sur les portes bagages. Nous dormons sous la tente et le jour: bain de soleil. Le lendemain, je tombe malade; congestion pulmonaire. Je termine l’année fatigué, ne pouvant faire un match de basket normalement. Le foot: terminé. Au cours des grandes vacances qui ont suivi je m’occupais de la Jeunesse Agricole Catholique, j’organise avec quelques bonnes volonté un inter village. Une fête sportive essentiellement. Puis la Fête de la Terre à Saint Bômer. Ma santé continuait de décliner, j’étais faible, je ne pouvais courir 50m sans être essoufflé, épuisé.  De plus je n’avais aucun appétit. Toutes ces occasions de rencontrer des jeunes filles dans cette période firent que je retournai au petit séminaire malade et surtout très tourmenté par des désirs spéciaux qui l’emportaient sur l’Amour platonique de la Sainte Vierge Marie. Je me suis mis à cracher du sang à bolée, c’était une hémoptysie déclarée. Cas des plus sérieux, j’avais la tuberculeuse comme mon père l’avait eue. Direction l’hôpital de SAINT BRIEUC. On me mettait de la glace sur la poitrine. Mes parents viennent me chercher très affectés. Les larmes roulaient sur les joues. Dans la voiture à un arrêt ma mère m’offre à manger une poire. Je l’ai appréciée comme ça ne m’était pas arrivé depuis des mois.

Rentré à la maison, la vocation disparaissait, partie en fumée, je me plaisais à recevoir les nombreuses visites des copains et copines au cours de l’année de mon rétablissement. Ensuite je restai moitié en convalescence moitié à travailler sur l’exploitation familiale deux années. Je suivais des réunions de vulgarisation organisées par le CETA et la JAC. Je mettais en application ce que j’apprenais au cours de ces réunions et visites d’exploitations modèles. J’instaurai à la ferme la méthode du pâturage rationné avec semis de graminées que me vendait Claude B, pour créer des prairies temporaires. Si bien que sur les 35 hectares que comportait l’exploitation, nous passons de 40 à 120 gros animaux en 3 ANS; Grand désespoir de mon père, car plus le cheptel augmentait, plus les finances baissaient. .Depuis cette époque avec Claude, nous ne nous sommes jamais perdus de vue.

En fin de compte, je prenais trop d’initiative, trop d’autorité et d’un commun accord je cherche du travail pour partir. On ne pouvait rester sur l’exploitation avec deux cabochards. Mon père avait une relation dans le conseil d’administration de la caisse de Crédit Agricole. Il lui demande s’il pouvait intervenir en ma faveur (le coup de piston ça marche) Entre temps, je suis représentant dans une concession FERGUSON à DOMFRONT. Nous étions en Novembre 1959 année de sécheresse très marquée. Je ne sais si c’est la vraie raison ou si je n’avais aucun don pour la vente. Toujours est-il que je ne vends RIEN durant ce mois. Monsieur CLOUARD me dit alors « Vous avez mieux à faire que de travailler avec nous ». Dehors !

La relation du paternel fut plus efficace. Et je suis admis par le CA et envoyé en peu de temps comme gratte-papier dans une petite agence à EXMES dans l’Orne.

Au bout de quelques mois, le seul exécutant de la plus petite caisse du département tombe malade. Au pied de mur j’ai tenu le journal comptable de caisse et fait la balance en travaillant très tard le soir sans regarder l‘heure. J’étais le gars du Crédit, je plaçais des ouvertures de compte, des prêts calamité et parfois la somme ainsi prêtée je la plaçais pour le client à un taux rémunérateur.

J’étais logé chez l’habitant, des retraités possédant encore quelques champs pleins d’herbe. Au printemps je fais un emprunt à 1% à la caisse du Crédit et j’achète 5 broutards que je mets en embouche dans les parcelles de mes hôtes. J’allais dans une grande ferme aider aux foins pour me distraire certains soirs après ma journée. Plus tard, j’apprends que la grande fille de la maison croyait que je venais pour elle. C’est vrai que j’étais bien reçu, gâté même. Henriette est restée célibataire…La revente des broutards à l’automne me laisse un bénéfice substantiel.  C’est peut-être ce qui me décida de chercher à changer ma 4CV Renault que m’avaient donné mes parents en partant des PERRETTES. La DAUPHINE valait 5800 francs, il m’en manquait beaucoup. Comment faire? Un emprunt alors que je devrais quitter le Crédit Agricole, impossible. C’est Christiane qui sacrifie le pécule qu’elle avait sur son compte, toute sa fortune, pour le voir disparaître dans l’achat d’une foutue bagnole de son bon ami? C’était risqué NON ?

 

 

J’avais vu cette princesse qui ne cessait de hanter mon sommeil…

Le 1er janvier de l’an 1960 me fut fatal. Chez les parents de Marie Louise LESTAS à l’AUNAI à DESERTINES. Joseph tenait l’accordéon.

Nous n’avions aucune raison de nous rencontrer.

Pour le midi, il était convenu que je conduise Henri T et Simone, qui habitaient la ferme à côté des Perrettes chez les parents pour aller déjeuner à l’occasion de la Bonne Année. Le repas se termine, c’est l’heure de repartir pour les passagers de ma 4CV pour aller traire leurs vaches. Avant le départ, Henri me demande  « pourrais-tu nous ramener ce soir après l’ouvrage faite? Il y aura une invitée spéciale, une  très belle fille ? » Il était facile de m’influencer non pas pour la belle annoncée, mais tout bêtement, rappelez-vous parce que j’aimais avoir « le cul dans le plat » « conduire et rendre service en même temps » Je refais le transport aller retour pour la seconde fois dans la même journée. Soit 200 kilomètres gratis pro deo qui devait me coûter bien cher …! Ne serait-ce pas plutôt recevoir un salaire différé de 100 pour un ??

Le repas se passe normalement et dans la bonne humeur. La belle était bien là: une princesse je vous dis. Ça trouble n’importe quel mâle. NON ? Joseph, une fois la table desservie ouvre une petite sauterie familiale avec son accordéon.

J’ose demander (ou l’inverse) à la beauté de danser avec moi. Je ne savais pas. Encore moins l’habitude de tourner pour une valse ou une JAVA. Me voilà entraîné dans une course folle à tourner, tourner, je tenais ma partenaire de crainte …

Arrive la fin du morceau, ma partenaire me lâche comme de bien entendu. Déséquilibré dans mon cerveau, je continuais de tourner et je perds l’équilibre pour aller tomber lourdement contre la grosse cuisinière en fonte. Mon épaule touche le robinet du bac d’eau chaude. Tout le monde craint le pire et vient à mon secours sauf mademoiselle! Ma chemise est déchirée dans le dos. Je n’étais pas blessé. Ouf pour l’assemblée. Et grosse rigolade.

Après le départ l’envoûtement fait son office. Sur le chemin du retour, Henri me titille. J’obtiens quelques renseignements pour pouvoir qui sait reprendre contact. L’envoûtement dure encore. C’est la fameuse facture du transport et de la rencontre qui ne devaient pas avoir lieu. (Ou le fameux salaire ?)

Pour moi, le temps passé au Crédit Agricole m’a fait beaucoup progresser. C’était une période riche d’expérience et en même temps très heureuse car chaque week-end je venais à Coursonnais où nous nous retrouvions en amoureux. Nos première rencontres furent troublées par des arguments de gens bien pensants dont mes parents qui me disaient  « -une orpheline (sous entendu sans fortune) c’est dangereux. C’est aller au devant du malheur, d’un malheur inconnu dans nos familles »

Alors je tergiverse le temps du second week-end en laissant lâchement un message à la maison de Coursonnais, pendant l’absence de Christiane et Angel parties à la messe. Je ne suis pas toujours courageux ! Contrairement à CHRISTIANE, elle qui est si directe, quelque fois trop, car ça fait très mal quand il s’agit d’un malentendu. C’est-ce qu’elle fit en me téléphonant à mon travail en me disant que j’étais le dernier des derniers…Je me ressaisis, mon bon cœur, ou autre chose de plus singulier ! retrouvera le chemin de Coursonnais. Et l’année 1960 nous apporte le bonheur, comme je le dis plus haut, je quitte le Crédit Agricole pour entrer au service d’un agent d’assurance de GORRON afin de nous marier. Christiane ne veut pas partir de Coursonnais. Elle s’est engagée intimement  à rester auprès d’Angel pour l’assister dans ses vieux jours de la même manière qu’elle avait été elle-même assistée, recueillie comme orpheline. Nourrie et logée Etc.

Tant que nous n’étions pas mariés : « pas touche » par la volonté de Christiane et aussi les principes de l’époque. On ne se laisse pas aller à la « chose ». Et la pilule n’existe pas encore.

Nous nous marions le 1er avril 1961. J’étais dans la place depuis mon départ de l’agence le 1er novembre 60. Grâce au changement d’employeur, j’ai gagné dès mon arrivée ce que j’aurais pu espérer gagner après 10 ans passés au Crédit Agricole ». Dès l’année suivante je double encore mon salaire par les affaires que je faisais souscrire pour mon patron.

En quittant l’agence du CA, Le directeur de l’école qui était en même temps le directeur administratif  me fait un certificat de travail particulier. « -Mr Michel Durand a travaillé au Crédit Agricole, agence d’Exmes du tant au tant. Doué d’initiative il a donné toute satisfaction » signé   PECCATTE et le cachet du Crédit Agricole.

Mon salaire nous permet sur l’exploitation de réaliser une étable, (je soudais les cornadies avec une dynamo de char), d’acheter un troupeau de 22 vache frisonnes. D’avoir des truies en plein air. La paie de lait était pour nous. De même la vente des porcelets. Quand 4 ans plus tard la propriétaire décède nous nous portons acquéreurs des 13 has de la métairie. Cette transaction est facilitée par les hommes d’affaires de madame LAIZE. Tous avaient beaucoup de compassion et d’amitié pour l’orpheline et Angel.

Nous nous étions préparés dès avant notre mariage pour cette éventualité en obtenant qu’Angèle adopte CHRISTIANE comme sa fille légitime.

Un procès fut arrangé pour faire reconnaître Christiane comme exploitante en titre grâce à une enveloppe post datée par la poste et les bordereaux de paie de lait à notre nom.

Ainsi, nous pouvons acheter à un prix raisonnable, par l’attribution de prêts d’installation à des taux réduits, des frais d’acte exonérés de taxes de transmission et l’absence de surenchères. Car nous étions (CHRISTIANE) prioritaires. Nous sommes en Octobre 1964.

Pour les annuités, je partais du principe que mon salaire y pourvoirait. Mais aussi n’ayant rien, on devait prendre des risques. En cas d’échec on repart à la case départ et, personne ne peut nous reprocher d’avoir essayé.

Par mes lectures au Crédit Agricole, j’avais appris deux choses importantes entre autres :

            1)- il ne faut pas essayer d’économiser; il faut toujours chercher à gagner plus.

            2)- il fallait emprunter jusqu’à 40 ans et rembourser ensuite. L’inflation forte de l’époque était très favorable aux emprunteurs. L’inflation était égale ou supérieure aux intérêts annuels.

Je ne me suis pas arrêté à 40 ans. Plus tard, j’ai compris qu’il ne faut pas tenir compte de son âge pour entreprendre. C’est ici et maintenant que je vis. Sinon on remet aux calandres grecques et on ne réalise rien. Il faut admettre que quoiqu’on fasse ce ne sera pas grand-chose. Et la mort peut à tout moment nous prendre. Un jour sur la route des Landes mon père et moi, il me dit « - quelle vie? Et s’il t’arrive un accident tu seras bien avancé »-- Et de lui répondre : « -partir dans un accident comme en un feu d’artifice n’est-ce pas la plus belle mort? » il s’est mis à rire :- « -vu comme ça »!

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Par Tacanitas - Publié dans : recueil de souvenirs et de réflexions - Communauté : Vie privée
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