J'ai coupé tout le début pour garder principalement les répliques aux attaques de ceux d'un parti qui laisse croire qu'on doit tout attendre d'un Etat sans
contre partie, d'un parti qui critique sans proposer.
Dans son adresse publiée dans un journal du matin, François Hollande décrit une France, je le cite, "abaissée, abîmée, dégradée".
Chacun notera le sens de la rime et le parallèle poussif avec la célèbre harangue du général de Gaulle sur le parvis de Notre Dame : "Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé…", vous
connaissez la suite. Mais n’est pas le Général qui veut, et surtout, il y a dans ce catastrophisme rustique quelque chose de terriblement déprimant pour les Français et finalement de bien peu
exigeant sur le plan intellectuel.
A écouter Monsieur Hollande, tout n’est qu’échec, iniquité, désolation. Bref, notre pays est dans le gouffre.
Je combats cette maladie, cette sorte de "scorpionite", cette autolyse qui consiste à nous envenimer pour mieux croire au mythe du phénix qui renait de ses cendres.
J’ai bien compris il s’agit de passer de l’ombre à la lumière et, ce faisant, de résumer l’élection présidentielle à la personne de Nicolas Sarkozy, accusé d’avoir mis la France au tombeau.
Cette diabolisation est infantile, mais chacun aura compris son but : éviter de parler du fond, éviter d’élargir le débat aux contraintes du monde, et par là même, éviter de placer le socialisme
devant ses contradictions. Il est d’ailleurs intéressant de noter que le mot «socialisme» ne figure pas une seule fois dans le long texte publié par Libération. Je ne m’en formalise pas,
mais cet oubli, volontaire ou non, en dit beaucoup sur l’état intellectuel de la gauche.
J’imagine les rédacteurs de la rue de Solférino planchant sur la tribune de leur champion… "A défaut de programme, est-ce que dix attaques contre Nicolas Sarkozy et cinq messages désespérés sur
l’état de la France vous iraient ?". C’est en somme cela, la stratégie actuelle de l’opposition.
Pour François Hollande, ce quinquennat c’est, je le cite, "la Présidence de la parole". Je passe sur le fait qu’il y a quelques contradictions à nous reprocher sans cesse d’avoir mal agi tout en
nous accusant de n’avoir tenu que des discours.
La réalité, c’est que le nombre des réformes depuis 2007 n’est pas discutable. On peut être pour, on peut les juger incomplètes ou au contraire les juger trop abruptes, mais personne ne peut nier
que nous nous sommes engagés sur des points essentiels et souvent sur des points structurants.
L’autonomie des universités constitue une rupture par rapport à la loi de 1984 ; le service minimum dans les transports a profondément modifié le rapport entre les usagers et les grévistes ; la
loi sur la représentativité des syndicats a totalement changé le système issu de l’après-guerre ; la loi contre le port de la burqa a marqué un coup d’arrêt au relativisme ambiant qui entourait
la défense de la laïcité ; la réforme des régimes spéciaux de retraites et la fin du symbole des 60 ans ont constitué une césure ; le gel des dépenses publiques et la réduction de 150.000
fonctionnaires relèvent d’un exploit dans un pays qui a été si longtemps accoutumé au toujours plus.
Je ne cite que ces quelques réformes, d’ailleurs férocement combattues par l’opposition, pour souligner que s’il est un Président qui ne s’est pas contenté de disserter, c’est bien le président
Sarkozy.
Notre bilan n’a ni besoin d’être encensé ni besoin d’être noirci pour être jugé plus que respectable au regard des crises que nous avons affrontées et qui nous ont conduits, d’une main à
réformer, de l’autre main à protéger les Français.
Moderniser le pays sans le braquer, le protéger sans le figer : l’équation n’est pas si simple, et il suffit d’observer la situation de plusieurs de nos partenaires européens pour constater que
nous avons globalement réussi ce pari.
J’ai écrit il y a six ans un livre intitulé "La France peut supporter la vérité" ; j’ai évoqué l’Etat en faillite. Depuis 2007 je n’ai pas douté un seul instant que le chemin qui ramènerait notre
pays du rêve passé des Trente glorieuses au pays de la réalité serait un chemin long, douloureux et sinueux. La politique des réformes a été notre priorité, et c’est elle qui a permis à la France
de traverser une période d'exceptionnelles turbulences.
Bien j'ai un regret, celui de n'avoir pas toujours été assez loin. Mais pouvions-nous en faire plus dans un délai aussi court et dans un climat économique aussi désastreux ?
Déjà, ce qui a été fait par le président est exceptionnellement courageux, et je ne sais pas dans quel état serait aujourd'hui la France si elle était dirigée depuis 2007 par Madame Royal. On a
trop tendance à oublier l’immobilisme des dernières décennies.
Je suis désolé de dire que durant des années, à gauche, au centre, à droite, nous avons fait prendre au pays le risque de retards, et les additions coûtent cher aujourd’hui. Je ne vise personne,
c'était un état d'esprit. Je peux en parler parce que je l'ai vécu et j’ai vu combien l'excès de précautions, la routine, l’indécision, ont paralysé l’urgent et l’indispensable.
La situation du pays est très difficile, mais aujourd’hui le pays est gouverné, et notre volonté de changement reste intacte, élection ou pas élection.
Compétitivité, protection sociale, réorganisation de l’Etat, école, sécurité, université, recherche, tout ce que nous avons entrepris c’est un socle pour aller plus loin, pour prolonger, pour
ajuster, pour réinventer nos politiques.
La réforme c’est une valeur en soi. Elle l’était en 2007, elle le reste en 2012.
De ce quinquennat de crise, nous sortons expérimentés et non pas éreintés, ou désillusionnés, sur les capacités de notre nation à se transformer. Quelles que soient les difficultés qui nous
attendent encore, ou les notes, surveillances, classements dont, à tort ou à raison, on pourrait nous affubler, la France est un grand pays. La France est un grand pays qui a le pouvoir de
rayonner et a le devoir de se renouveler en continu.
Ceux qui attaquent notre bilan sont des artificiers en gants blancs. Ce quinquennat aura en effet été un quinquennat de combats. Crise financière, crise des dettes publiques, crise de l’Europe,
le monde ne nous a pas laissé une semaine de répit.
S’en plaindre serait absurde, parce qu’en réalité ces cinq années préfigurent ce que seront les années qui viennent, je veux parler de l’exercice du pouvoir, face aux interdépendances et aux
fulgurances brouillonnes de la mondialisation.
"Laisser du temps au temps", la formule apparaît aujourd’hui presque sortie d’un autre âge.
L’opposition laisse entendre qu’elle n’est pas tenue par le calendrier de retour à l’équilibre de nos déficits publics, qu’elle n’est pas pressée de respecter l’accord européen du 9 décembre
dernier, et certains, en son sein, recommandent le passage aux 32 heures… Visiblement, nous ne courons pas sur la même piste ! Prétendre vouloir présider la France en imaginant que son temps
n’est pas compté, qu’elle n’a pas de comptes à rendre, au rythme du monde extérieur, c’est l’exposer à des contrecoups mortels.
"Pour réussir, quatre principes m’inspireront", écrit François Hollande dans sa tribune.
D’abord "la vérité".
Cette une valeur m’est chère, et j’attends donc qu’il explique précisément comment il entend réduire les déficits, parce que pour l’instant c’est le flou absolu. On nous parle du "paquet fiscal",
de la suppression de la réforme de l’ISF, des niches fiscales. Inutile de vous dire que le compte n’y est pas, et de loin !
Et il n’y est pas pour une raison simple : les socialistes n’osent pas toucher aux dépenses de l’Etat qui constituent pourtant notre seule véritable marge de manœuvre. Pire, tout dans leurs
promesses démontre qu’ils augmenteront ces dépenses.
Second principe : "la volonté".
On n’en attend pas moins d’un Chef de l’Etat, mais pour l’heure seuls les actes, ou plutôt les intentions, nous renseignent. La grande réforme fiscale promise de l’impôt sur le revenu et de la
CSG oscille entre fusion et rapprochement. Visiblement, la main tremble ! La suppression de notre réforme des retraites est contournée par le biais d’un dispositif sur les longues carrières et
sur l’âge légal de départ dont le coût financier et social risque d’ailleurs d’être calamiteux. Après avoir promis le retour aux 60 ans pour tous, là encore, la main tremble !
Quant à la négociation avec les écologistes, où trente années de politique nucléaire ont été escamotées en une nuit de tractations, elle n’a pas révélé une grande fermeté de ton.
Troisième principe : "la justice".
Faut-il s’appesantir sur cette valeur qui n’appartient pas à la gauche, mais qui appartient à la République ? Malgré la crise, le pouvoir d’achat des Français a tenu, le montant des prestations
sociales n’a pas été réduit, les revenus minimum des personnes âgées ou des handicapés ont même été augmentés, l’écart entre les hauts et les bas salaires ne s’est pas plus accru que lorsque la
gauche était aux affaires et que la bourse était triomphante. Quant aux plus fortunés de nos concitoyens, ils ont été fortement mis à contribution.
Bref, nous n’avons pas de leçon à recevoir en matière de solidarité, et je n’accepte pas ce procès injurieux sur le prétendu "gouvernement des riches". Que diraient d’ailleurs les socialistes si
nous laissions entendre qu’ils sont à la solde, ou sous la coupe d’une partie de nos concitoyens. Ca, c’est le degré zéro de la politique !
Enfin, dernier principe de l’adresse : "l’espérance".
Personnellement, je n’ai jamais eu l’occasion de voir un candidat aux élections préconiser le désespoir… Cela dit, tout ce qui éveille chez les Français le goût de l’avenir relève d’un combat
utile qui mérite de transcender les clivages.
Et dans ce combat, mesdames et messieurs, vous y avez toute votre part.
Vous l’avez dit, chère Chantal Didier, 66 journalistes ont trouvé la mort en 2011 dans l’exercice de leur métier. La violence n’épargne pas ceux qui cherchent à témoigner. Mais comme vous, aussi,
je veux garder de cette année 2011 le souvenir de la libération d’Hervé Ghesquière et de Stéphane Taponier, après 547 jours de détention.
Je me rappelle que lors d’un voyage en Afghanistan, on m’avait indiqué la zone où ils se trouvaient prisonniers, à quelques kilomètres seulement de l’endroit où je me trouvais. Nous savions à peu
près où ils étaient, mais nous ne pouvions pas aller les libérer de peur de mettre leur vie en danger. Pendant leur détention, nous avons été critiqués, pourtant nous n’avons jamais relâché nos
efforts, et ce fut un soulagement de les voir revenir sur le sol français.
Deux autres visages de journalistes m’ont frappé aussi cette année.
Deux visages de femmes, deux grands reporters chevronnées, courageuses, qui ont sillonné le monde avec leurs équipes. Celui de Patricia Allemonière, de TF1, blessée en Afghanistan et racontant
l’attaque dont elle venait d’être victime avec un pansement sur le visage. Fidèle au poste.
Et puis je voudrais aussi rendre hommage à Caroline Sinz, grand reporter à France 3, qui a été attaquée au Caire, sur la place Tahrir, d’une façon extrêmement violente et inacceptable. Elle était
aussi, le soir même, à l’antenne, avec dignité et avec professionnalisme.
Certains, après son agression, ont crû bon de dire que les rédactions devraient y réfléchir à deux fois avant d’envoyer des femmes journalistes dans des endroits dangereux. Certes, les rédactions
doivent prendre des mesures pour assurer la sécurité des journalistes, hommes ou femmes. Mais en déduire qu’il y aurait des endroits où les femmes ne doivent pas aller, je pense que ce serait une
épouvantable régression. Les femmes sont des journalistes comme les autres. Il y a d’ailleurs bien longtemps qu’elles n’ont plus à prouver leur capacité à faire face aux situations périlleuses.
Je leur dis donc tout mon soutien, comme lecteur, comme téléspectateur, mais aussi comme citoyen et comme responsable politique.
Voilà, je ne doute pas, Mesdames et Messieurs, que les mois à venir vont être passionnants et trépidants pour vous, comme ils le seront pour moi.
Alors, avec estime et affection, je souhaite à chacune et à chacun de vous, à vos familles et à tous ceux que vous aimez, une très bonne année 2012.
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